Fixons d'abord les règles : il va de soi que tout ce qui suit est purement subjectif, débité par un lecteur tout ce qu'il y a de plus banal, égocentrique et névrosé, sans référence aucune dans le MHE (Monde Hostile de l'Edition). Tout ce que je peux promettre est qu'à chaque commentaire, bon ou mauvais, un argument sera adossé, argument qui lui-même vaudra cependant ce qu'il vaudra. Je ne suis pas critique littéraire non plus. Enfin bon. Faut rester honnête quoi. J'essaie en tout cas. De toute façon, il est déjà édité, le Môsieur, le veinard, l'Artiste quoi ! Et c'est pas avec mes 5 lecteurs quotidiens que je vais changer son destin sur Editstats hein !
D'abord merci à Marie pour m'avoir conseillé ce livre, elle a eu raison de le faire, il vaut le détour. Really. Et c'est d'ailleurs le premier compliment que je vais coucher : Nicolas a réussi à me faire entrer dans un monde que je ne connaissais pas et dans lequel à priori je n'avais aucune envie de me plonger : le MHPM. Le Monde Hostile de la Photographie de Mode. Pour me lâcher un peu avant de châtier à nouveau mon langage, je dirais même que foutredieu, j'en ai mais absolument rien à battre de ce milieu. Et pourtant, j'y suis entré avec bonheur. Ce qui veut donc dire que l'auteur a très bien fait son travail, quelque part. (Non, y a pas encore de "mais") Je prétends même que c'était pas gagné d'avance, et pourtant Nico a beau nous balancer des tas de détails techniques sur le métier, ce n'est jamais lassant, on est pris dans son trip, aux premières loges de ses séances de shooting. Year man... Ebloui, quelque part. Difficile d'expliquer pourquoi. Je dirais que sa première qualité est de bien doser le propos entre les différents langages : familier, argotique, soutenu, et de passer de l'un à l'autre au bon moment, dans un timing parfait. Avec même quelques moments de grâce pour certaines comparaisons qui resteront gravées dans ma mémoire [Voici celle que je préfère (coucou Acuol) : "tourner en rond comme un chien sous vermifuge". Bon, sorti comme ça du contexte, ça rend pas forcément. Mais je vous jure qu'au moment où l'on tombe dessus, on se délecte.]
Secundo, le thème du livre. Je ne peux qu'apprécier, ainsi que tous les wannabe : on se retrouve forcément dans les affres du créateur, du modeleur de lumière, du chercheur perpétuel de la perfection visuelle. On ne s'y trompe d'ailleurs pas, lorsque Nigel nous sert un petit couplet sur les agents (pas littéraires, mais ça y ressemble beaucoup !) fainéants et surpayés, ou sur le fait que quand on débute, on part souvent dans toutes les directions au lieu de se centrer sur un domaine précis et d'insister, insister, insister pour trouver sa touche personnelle (Là je me retrouve pleinement dans cette idée, Marie avait mis le doigt dessus en ce qui concerne 24h).
Tertio, comme dans beaucoup de livres que j'aime, la beauté est aussi dans l'Attente.
Ben oui, en fait j'ai oublié de vous dire, je n'ai fini que la première partie du bouquin, en fait (lequel en compte quatre). Malgré le manque de recul, je peux vous dire que j'ai une sacrée envie de continuer l'histoire. En cause tous les problèmes qui vont immanquablement surgir et tomber sur le héros comme la misère sur le pauvre monde. En cela, la première partie nous y prépare bien. Quelques indices de ci de là. Bon, peut-être un peu trop de phrases du genre "Ah si j'avais su j'aurais pas venu" ou "C'était du moins ce que je croyais en ce temps-là quand j'étais jeune et con" à la fin de certains paragraphes. Mais bon, ça passe. Cette première partie est donc à la fois très informative (les débuts d'un jeune photographe de mode, comment ça se passe ? Est-ce que les mannequins sont aussi bonnes que ça au lit ? etc. etc.) et crée surtout une belle attente. On sent que ça va déborder, le pétage de plombs pend au nez du narrateur, bref y va s'passer des trucs, accrochez-vous au pinceau, le cosmonaute Nicolaï va vous faire passer à 3 ou 4G. Espérons que je ne sois pas déçu ! (To be continued) Notez qu'on sait dès le départ la tournure que vont prendre les événements. Oh, pas avec la 4ème de couverture, somme toute assez "banale" (Je suis persuadé que Nick en avait une un peu plus... comment dire... piquante ? Aigrie ? en stock mais que Léo a dû demander qu'il la "lisse" un peu, non ?). Non. Le truc qui met vraiment dans l'ambiance, ce n'est pas non plus le prologue (quelle horreur ce prologue, voilà c'est dit, j'y reviendrai). Le truc super, c'est l'antéprologue (je me permets de néologer si le terme n'existe pas). Ahhh, ces descriptions de photos mettant en scène des escargots tiraillés, mutilés, s'arrachant les entrailles pour aller chercher la feuille de laitue à quelques centimètres d'eux !
Là, le ton du bouquin est donné.
Génial.
Et on est prêt à se farcir tout un pentateuque d'histoires à l'eau de rose pendant quelques centaines de pages, une bonne montée dans le dégoût de soi, pourvu qu'à la fin on ait l'ivresse.
Ceci dit et je radote, je n'y suis pas encore, à la fin. Oh, Nicolas, je t'en prie, ne me déçois pas !
Bon, parlons du truc qui fâche, de la petite tache dans le coin gauche de la photo, le prologue, donc. Pourquoi diable a-t-il voulu JUSTIFIER son propos ? L'écrivain-narrateur s'évertue à expliquer ce qui va suivre, la forme que ça va prendre, le premier essai de manuscrit raté. Il en vient même presque à S'EXCUSER des partis pris : le fait qu'on verra pas toujours les "ne" dans les négatives, etc. Ouh là là ! Le lecteur est plaqué au-dessus de la ceinture ! Faute ! Carton jaune ! Allez vous calmer sur le banc de touche Monsieur ! On ne prémédite pas ses forfaits, on les assume en cours de route et on laisse le lecteur juge ! Mais attendez, y a pis encore ! Nick nous assène le plan du livre ! Argh ! On se croirait revenu au cours de français de 4ème, où on nous a seriné que l'introduction de la rédaction doit o-bli-ga-toi-re-ment annoncer le découpage du développement ! Quel mauvais souvenir ! J'ai tout qui me remonte de l'oesophage ! Surtout pas d'After Eight, non merci !
Retour à du positif... Tranquillou... On respire... Ca va aller... Serge, calme-toi... Inspire... Expire... Pense "escargot"... Pense "limace", "feuille de laitue"... Mon pouls ralentit... Où en étais-je ... ? Ah oui... Nigel, je dois te remercier de contribuer à une lutte qui m'est chère : la réhabilitation de la ponctuation dans la langue française. Gondolfo ayant déjà eu droit de ma part à l'"Eloge de la Virgule", j'enfonce le clou en admirant la façon (pas toujours subtile mais bon, quand on veut partir dans les extrêmes, difficile de savoir quand s'arrêter, hein) dont tu nous gargarise de points de suspensions ou d'exclamations. J'avais longtemps cru que la Norme actuelle voulait qu'on ponctuât (?) juste avec des points, point. Retour à la pure simplicité, perte de sens des autres symboles, rejet de la nuance ? Je ne sais... Mais je commençais à croire qu'on allait enterrer tout ça. Ouf. Il n'en est rien. Donc, à certains moments, Nico nous assemble un paragraphe jubilatoire tout entier destiné à redorer le blason d'un "!" ou d'un "...". Magnifique. Mais estomacs sensibles s'abstenir : au bout d'un nombre incroyables de points qui s'exclament comme autant de yoyos déchaînés ou de points qui suspendent et alentissent le propos, vous devrez ingurgiter des Cocculine ou des Spasfon. Petit aperçu de ce que ça peut donner, et si vous êtes passés par là sans encombre, vous pouvez lire M. Lo Russo : voir mes petits paragraphes en couleurs.
Bon voilà, j'aurais bien encore quelque chose à dire sur la couverture, mais ça viendra après, je suis fourbu. En tout cas, vous l'aurez compris, ce bouquin est à mille lieues d'un Renaudot récent. Mille lieues devant, s'entend !
* Pléonasme ?
° On ne peut pas sortir des vannes désopilantes à tous les coups, hein.