OUAIS ALORS HYROK...

Attelons-nous à l'analyse de l'opus (500 pages) de notre cosmonaute russe* Nicolaï Lo Russo, édité par ce Scheer Léo° dans la collection "M@nuscrit".
Fixons d'abord les règles : il va de soi que tout ce qui suit est purement subjectif, débité par un lecteur tout ce qu'il y a de plus banal, égocentrique et névrosé, sans référence aucune dans le MHE (Monde Hostile de l'Edition). Tout ce que je peux promettre est qu'à chaque commentaire, bon ou mauvais, un argument sera adossé, argument qui lui-même vaudra cependant ce qu'il vaudra. Je ne suis pas critique littéraire non plus. Enfin bon. Faut rester honnête quoi. J'essaie en tout cas. De toute façon, il est déjà édité, le Môsieur, le veinard, l'Artiste quoi ! Et c'est pas avec mes 5 lecteurs quotidiens que je vais changer son destin sur Editstats hein !
D'abord merci à Marie pour m'avoir conseillé ce livre, elle a eu raison de le faire, il vaut le détour. Really. Et c'est d'ailleurs le premier compliment que je vais coucher : Nicolas a réussi à me faire entrer dans un monde que je ne connaissais pas et dans lequel à priori je n'avais aucune envie de me plonger : le MHPM. Le Monde Hostile de la Photographie de Mode. Pour me lâcher un peu avant de châtier à nouveau mon langage, je dirais même que foutredieu, j'en ai mais absolument rien à battre de ce milieu. Et pourtant, j'y suis entré avec bonheur. Ce qui veut donc dire que l'auteur a très bien fait son travail, quelque part. (Non, y a pas encore de "mais") Je prétends même que c'était pas gagné d'avance, et pourtant Nico a beau nous balancer des tas de détails techniques sur le métier, ce n'est jamais lassant, on est pris dans son trip, aux premières loges de ses séances de shooting. Year man... Ebloui, quelque part. Difficile d'expliquer pourquoi. Je dirais que sa première qualité est de bien doser le propos entre les différents langages : familier, argotique, soutenu, et de passer de l'un à l'autre au bon moment, dans un timing parfait. Avec même quelques moments de grâce pour certaines comparaisons qui resteront gravées dans ma mémoire [Voici celle que je préfère (coucou Acuol) : "tourner en rond comme un chien sous vermifuge". Bon, sorti comme ça du contexte, ça rend pas forcément. Mais je vous jure qu'au moment où l'on tombe dessus, on se délecte.]
Secundo, le thème du livre. Je ne peux qu'apprécier, ainsi que tous les wannabe : on se retrouve forcément dans les affres du créateur, du modeleur de lumière, du chercheur perpétuel de la perfection visuelle. On ne s'y trompe d'ailleurs pas, lorsque Nigel nous sert un petit couplet sur les agents (pas littéraires, mais ça y ressemble beaucoup !) fainéants et surpayés, ou sur le fait que quand on débute, on part souvent dans toutes les directions au lieu de se centrer sur un domaine précis et d'insister, insister, insister pour trouver sa touche personnelle (Là je me retrouve pleinement dans cette idée, Marie avait mis le doigt dessus en ce qui concerne 24h).
Tertio, comme dans beaucoup de livres que j'aime, la beauté est aussi dans l'Attente.
Ben oui, en fait j'ai oublié de vous dire, je n'ai fini que la première partie du bouquin, en fait (lequel en compte quatre). Malgré le manque de recul, je peux vous dire que j'ai une sacrée envie de continuer l'histoire. En cause tous les problèmes qui vont immanquablement surgir et tomber sur le héros comme la misère sur le pauvre monde. En cela, la première partie nous y prépare bien. Quelques indices de ci de là. Bon, peut-être un peu trop de phrases du genre "Ah si j'avais su j'aurais pas venu" ou "C'était du moins ce que je croyais en ce temps-là quand j'étais jeune et con" à la fin de certains paragraphes. Mais bon, ça passe. Cette première partie est donc à la fois très informative (les débuts d'un jeune photographe de mode, comment ça se passe ? Est-ce que les mannequins sont aussi bonnes que ça au lit ? etc. etc.) et crée surtout une belle attente. On sent que ça va déborder, le pétage de plombs pend au nez du narrateur, bref y va s'passer des trucs, accrochez-vous au pinceau, le cosmonaute Nicolaï va vous faire passer à 3 ou 4G. Espérons que je ne sois pas déçu ! (To be continued) Notez qu'on sait dès le départ la tournure que vont prendre les événements. Oh, pas avec la 4ème de couverture, somme toute assez "banale" (Je suis persuadé que Nick en avait une un peu plus... comment dire... piquante ? Aigrie ? en stock mais que Léo a dû demander qu'il la "lisse" un peu, non ?). Non. Le truc qui met vraiment dans l'ambiance, ce n'est pas non plus le prologue (quelle horreur ce prologue, voilà c'est dit, j'y reviendrai). Le truc super, c'est l'antéprologue (je me permets de néologer si le terme n'existe pas). Ahhh, ces descriptions de photos mettant en scène des escargots tiraillés, mutilés, s'arrachant les entrailles pour aller chercher la feuille de laitue à quelques centimètres d'eux !
Là, le ton du bouquin est donné.
Génial.
Et on est prêt à se farcir tout un pentateuque d'histoires à l'eau de rose pendant quelques centaines de pages, une bonne montée dans le dégoût de soi, pourvu qu'à la fin on ait l'ivresse.
Ceci dit et je radote, je n'y suis pas encore, à la fin. Oh, Nicolas, je t'en prie, ne me déçois pas !
Bon, parlons du truc qui fâche, de la petite tache dans le coin gauche de la photo, le prologue, donc. Pourquoi diable a-t-il voulu JUSTIFIER son propos ? L'écrivain-narrateur s'évertue à expliquer ce qui va suivre, la forme que ça va prendre, le premier essai de manuscrit raté. Il en vient même presque à S'EXCUSER des partis pris : le fait qu'on verra pas toujours les "ne" dans les négatives, etc. Ouh là là ! Le lecteur est plaqué au-dessus de la ceinture ! Faute ! Carton jaune ! Allez vous calmer sur le banc de touche Monsieur ! On ne prémédite pas ses forfaits, on les assume en cours de route et on laisse le lecteur juge ! Mais attendez, y a pis encore ! Nick nous assène le plan du livre ! Argh ! On se croirait revenu au cours de français de 4ème, où on nous a seriné que l'introduction de la rédaction doit o-bli-ga-toi-re-ment annoncer le découpage du développement ! Quel mauvais souvenir ! J'ai tout qui me remonte de l'oesophage ! Surtout pas d'After Eight, non merci !
Retour à du positif... Tranquillou... On respire... Ca va aller... Serge, calme-toi... Inspire... Expire... Pense "escargot"... Pense "limace", "feuille de laitue"... Mon pouls ralentit... Où en étais-je ... ? Ah oui... Nigel, je dois te remercier de contribuer à une lutte qui m'est chère : la réhabilitation de la ponctuation dans la langue française. Gondolfo ayant déjà eu droit de ma part à l'"Eloge de la Virgule", j'enfonce le clou en admirant la façon (pas toujours subtile mais bon, quand on veut partir dans les extrêmes, difficile de savoir quand s'arrêter, hein) dont tu nous gargarise de points de suspensions ou d'exclamations. J'avais longtemps cru que la Norme actuelle voulait qu'on ponctuât (?) juste avec des points, point. Retour à la pure simplicité, perte de sens des autres symboles, rejet de la nuance ? Je ne sais... Mais je commençais à croire qu'on allait enterrer tout ça. Ouf. Il n'en est rien. Donc, à certains moments, Nico nous assemble un paragraphe jubilatoire tout entier destiné à redorer le blason d'un "!" ou d'un "...". Magnifique. Mais estomacs sensibles s'abstenir : au bout d'un nombre incroyables de points qui s'exclament comme autant de yoyos déchaînés ou de points qui suspendent et alentissent le propos, vous devrez ingurgiter des Cocculine ou des Spasfon. Petit aperçu de ce que ça peut donner, et si vous êtes passés par là sans encombre, vous pouvez lire M. Lo Russo : voir mes petits paragraphes en couleurs.
Bon voilà, j'aurais bien encore quelque chose à dire sur la couverture, mais ça viendra après, je suis fourbu. En tout cas, vous l'aurez compris, ce bouquin est à mille lieues d'un Renaudot récent. Mille lieues devant, s'entend !


* Pléonasme ?
° On ne peut pas sortir des vannes désopilantes à tous les coups, hein.

# Posté le samedi 21 novembre 2009 13:03

Modifié le dimanche 29 novembre 2009 14:35

ET DE UN ! (bis ou ter, je ne sais plus...)

Ca y est, après des mois d'attente fébrile, je vous déclare que je suis devenu un vrai "auteur presque publié" : j'ai reçu ma première lettre de refus cinq mois après l'envoi de mon manuscrit. L'éditeur ? Je vous laisse deviner, ça commence par un X et ça finit par un O (ha ha ha, je suis tordant). Lettre-type, cela va de soi, poésie inégalable, une triste histoire de rencontre entre deux mondes qui n'eut pas lieu, une alchimie qui telle la mayonnaise de ma femme n'aurait pas pris. J'en verserais presque une larme de regret tout en voulant m'excuser d'avoir ainsi tellement frustré mon premier Lecteur Inconnu. ;-) Je vais pouvoir l'encadrer, c'te lettre, zoupa, les sous-verres sont en promo actuellement au Cora...
Tant que j'y suis, une autre première : sur 104 participations, ma nouvelle "Attente" n'a pas été retenue dans les 10 qui formeront un recueil sur le thème "Voyage(s) aux frontières du réel". Avec le recul et pour me consoler, je me dis qu'il attendaient simplement quelque chose de différent de ce que je leur ai fourni (le mot "voyage" à lui seul peut s'interprêter de fort diverses manières. Voyage physique ? Mental ? Dans l'espace ? Le temps ? ). Je suppose que dans les concours de nouvelles, les thèmes imposés doivent être un véritable casse-tête pour les concepteurs : s'il est trop précis, ils n'auront pas forcément assez de participants pour avoir de la qualité ; s'il est trop vague, il y a le risque du "hors sujet" ou du moins de taper très légèrement à côté de ce qui est attendu...
Je ne parle même pas du fait que parmi les quelques winners, certains doivent être du sérail local* (Jalousie wrathienne)...
Et puisque je vous parle de "Attente", je l'avais également inscrite à un autre concours près de chez moi, dont le prix était censé se voir attribué en octobre. Début novembre, Soeur Anne ne voyant rien venir, elle envoie un mail pour demander boudiou, mais qu'est-ce qu'il donc qui se passe... Je vous livre la réponse de la Présidente du Concours, accessoirement Directrice de la Médiathèque de la bourgade :

Bonjour,

La remise du Prix n'a pas encore eu lieu, mais nous vous avertiront par
courrier du gangnant.

Merci.
Cordialement,


(Soupir...)


* Pléonasme ?

# Posté le jeudi 19 novembre 2009 11:14

ABESSE PRODESSE POTENS...

ABESSE PRODESSE POTENS...
Adèle.

Ton pèlerinage sur la Terre
Dans une aube d'automne a pris fin
Et te voilà disparue soudain
Retournée au Créateur ton Père.


Modèle.

Présence discrète et affable
À tes lèvres des chants de louange
Joie de la vie que rien ne dérange
Tout être avait droit à ta table


Martèle.

Nature par tes mains apprivoisée
Corps sans cesse au labeur abîmé
Espoir d'un au-delà chevillé
Dans ton âme, foi du charbonnier.


Harcèle.

Toi peu à peu connut le déclin
Physique et mental devenus gourds
Faiblesse attirant des siens l'amour
Qui ravala même notre chagrin.


Stèle.

Cris d'un bébé trop tôt emporté
Cris d'une mère au coeur transpercé
Cris de douleur sans pleurs et muets
Dieu et les Hommes t'ont-ils consolée ?


Appel.

Fratrie au ciel reconstituée
Avec Marie, Mère immaculée
Veille sur nous tous, tes bien-aimés
Ta descendance et tes héritiers.



Serge Welyseev

# Posté le jeudi 05 novembre 2009 14:44

Modifié le samedi 07 novembre 2009 05:19

À TABLE...

À TABLE...
Fichtre, un petit tour chez Wrath (ça faisait longtemps...) et voilà pas moins de 13 visites le même jour sur mon blog. Du coup je me sens obligé de faire la popote pour tout ce beau monde qui s'est invité, votre cerveau n'a-t-il pas faim ?
De quoi vais-je donc bien pouvoir vous entretenir... A l'instar de Marie qui dispense de douces caresses à l'endroit de ceux qu'elle apprécie, je vais vous parler d'une connaissance que j'ai un peu perdue de vue ces dernières années : il s'agit de Gaston-Paul Effa, un voisin mosellan. Dire que cet écrivain-passé-chez-Pivot a été un de mes colllègues pendant les deux années où j'exerçais en lycée, et que j'ai même covoituré dans sa BMW... Nostalgie et goût amer de l'occasion ratée de m'entretenir littérature avec lui, unique philosophe-écrivain-restaurateur alsaco-camerounais ! À l'époque, j'avais d'autres centres d'intérêt. Sigh.
Si je parle de Gaston-Paul, c'est aussi parce qu'il a commis son "private joke" comme dirait Koala, à ceci près qu'il s'est un peu (trop ?) appuyé sur le caractère de ses collègues, à tel point que tous ceux qu'il a égratignés se sont reconnus dans "La salle des Professeurs" (Editions du Rocher), créant un profond ressentiment chez certains à son égard. (Depuis, il a changé de bahut pour se rapprocher de son domicile.) Nul n'est prophète en son pays. Si comme lui vous vous sentez "citoyen du monde" déraciné permanent, alors ses écrits vous toucheront aux tripes. Au compteur, 1683 ventes pour cet opus d'après Edistats. Ce stakhanoviste de la plume (debout à 4h du mat') assène qu'il ne pourrrait vivre de sa passion malgré une sortie en librairie chaque année. Encourageant !
Bon, je retourne finir "Dialogues avec des scientifiques et des sages" de Renée Weber. Et il me faut toute ma concentration pour comprendre un traître mot des théories exposées dans ce pavé. Balaise, parfois peu digeste mais très exaltant aussi. Je vous en entretiendrai plus tard si le coeur m'en dit.

# Posté le mardi 03 novembre 2009 04:08

Modifié le mercredi 04 novembre 2009 05:23

LAST BUT NOT LEAST : KOALA'S SPEAKING...

Pour une fois je vais pouvoir jouer au gros fainéant et laisser parler notre ami qui a fini de lire "24h Collège" (non, Acuol, il a mis beaucoup moins de temps que toi !) Je retranscris presque mot pour mot (après avoir corrigé une dizaine de fautes, je précise. [Ah, petite vengeance bien basse])


Salut 24hcolo, ici c'est le Koala.

Bon, eh bien voilà , je viens de finir "24H ". Je passe au décorticage impitoyable et névrotique, si tu en es d'accord. Détends-toi et accorde-toi une clope, voire un Ouiski*. De toute manière, hein, on est pas à Apostrophe et je pense fondamentalement que l'exercice critique est peu utile en présence d'un écrivain qui sait ce qu'il veut obtenir sur le papier, et qui l'obtient effectivement - après, ça plaît ou ça ne plaît pas, mais d'un certain point de vue (celui de la création pure, mettons), c'est secondaire.

Il y a des qualités, il me semble, c'est indéniable ; à tel point que, sûrement, l'ensemble est assez réussi - c'est-à-dire très justement : conforme à ce que tu voulais obtenir. Ce qu'on ne maîtrise pas quand on écrit, hélas, c'est l'attitude du lecteur et la réception par ses soins de nos conceptions. C'est un peu ce qui me gène pour critiquer "24H ". Je m'explique très sommairement : je trouve que c'est effectivement réussi dans un certain genre, mais que ça ne s'adresse pas à moi en tant que lecteur, ça passe - comment dire - à côté. Est-ce d'ailleurs ton bouquin qui me passe à côté ou l'inverse ? Je ne sais pas mais, en un mot comme en cent, je ne suis rentré dedans que sur la pointe des pieds, avec une sorte de réticence discrète mais obsédante ; je ne me suis pas laissé emporter, n'ai pas largué les amarres. Dommage car ça n'aurait pas été désagréable - dans l'absolu.

Quelques éléments d'explication, en forme de " reproches" donc bien que cette approche ne me satisfasse pas beaucoup moralement. Du reste, et quand j'y réfléchis, je crois que ces observations s'articulent en réalité autour d'un problème unique : tu n'as pas authentiquement écrit pour des lecteurs, mon gaillard, mais pour toi-même. Ca n'est pas anormal. Mais voilà - ça se sent beaucoup. Pour les raisons suivantes, donc.

- D'abord l'humour. Nicole, je crois, t'en a déjà parlé et nous allons certainement émettre les mêmes griefs. Certains partis pris sont manifestes, après tout, dès le titre où tu annonces la couleur : il y aura, par exemple, des clins d'½il aux séries et au monde du cinéma populaire. Et ça défile en effet : les trois drôles de dames qui s'exclament " bonjour Charlie " (y fallait oser, certes... !), et le nom du héros Jacques Baué (ben y fallait oser aussi, tiens). J'ai surpris également "Tout le monde connaît Jason Bour ( !)", l'émission "les spécialistes à Seattle " (re- !) et même un certain et fort coupable "Chuck van Damme " dans les profondeurs d'un programme télé. Ces clins d'½il s'élargissent à la SF (le chien Asimov, effectivement extraordinaire puisque c'est un chien qui à l'occasion MIAULE - je n'ai pas de numéros de page sur ma version, t'as de la chance, mais la pauvre bête miaule vers une heure du matin je crois bien), et le lycée s'appelle Barjavel. Fort bien. Bon. Mais à ce compte-là on pouvait compter sur le boulanger Kirk, le garagiste Simak ou encore le café du coin à la devanture "Twin Peaks ".

Il y a juste un problème, et là je crains en effet d'être peu agréable et aussi peu amène. Bon, tant pis, je lâche le morceau. En un mot comme en cent, voilà : c'est juste pas drôle (note le soulignement impitoyable). Mais en écrivant cela me voilà d'ailleurs saisi d'un doute. Etait-ce seulement censé l'être ? Tu peux très bien me répondre que non, qu'un clin d'½il se suffit à lui-même, qu'il n'a pas forcément à déclencher des cascades de marrade bien grasse. C'est ma foi vrai. Mais du coup je perds de vue la finalité de ces clins d'½il. Il y a un côté " connivence implicite " avec le lecteur, OK, mais c'est un peu trop : à force de se prendre des coups de coude dans les côtes, ma foi... on finit par avoir mal au buffet ! bref, quelque chose ne va pas et je ne saisis pas très bien quoi, comme tu le vois. Disons que quelque chose est un peu trop appuyé, quelque part.

- le style. La remarque que je viens de faire est un peu applicable à ta patte, notamment quand tu adoptes la technique de Stephen King des apartés en italique. Je te comprends bien, c'est très tentant, et quelque part sur ton blog tu en parles : c'est pourquoi je n'en ai pas été surpris. Le problème est le suivant : tous les lecteurs qui ont lu deux ou trois King - comme moi, comme tout le monde - vont donc précisément se dire : " Tiens, il nous fait du Stephen King ". je t'assure que c'est ce qui se passe. Je crois que la technique, en somme, est un peu éventée : il faut s'en méfier, tâcher de trouver autre chose. J'ai eu la même difficulté avec mon bouquin et n'ai pas trouvé de solution miracle en fin de compte. A coup de style emberlificoté, sûrement un peu lourd, j'effectue une transition qui me permet de passer du style indirect au " direct - autocentré ", avec le personnage central comme narrateur critique, qui en effet se tutoie lui-même, mais avec donc une transition. C'est dur. J'avoue que je ne sais pas bien comment procéder... Mais encore une fois tu avais soulevé le problème, tu en es donc conscient (disons que jusqu'à présent tu en étais conscient tout court, à présent tu en seras DOULOUREUSEMENT conscient, gnark).

Tiens, au fait, une remarque secondaire mais qui se raccroche assez bien ici : outre le "style King ", tu exploites des ficelles cinématographiques un peu trop appuyées. Je pense au "suspense " du bruit de corps qui chute (dans le sommeil de Jack Baué), suivi d'un halètement, et hop, on s'aperçoit que c'est le brave toutou réfugié discrètement au rez-de-chaussée. Navré de te décevoir, mais ça se voit venir de la page 1, voire même de la couverture, et ce même si ton manuscrit est posé sur la table basse du salon et que le lecteur commence à s'interroger au sortir des chiottes dans le restoroute de la ville d'à côté (bon, c'est une image, hein). Il me semble que ca marche très bien sur un écran - personne ne peut le nier, on s'est tous fait avoir, mais c'est qu'il y a, dans l'esprit du lecteur lambda, quelque chose d'un peu subtil qui compromet l'efficacité de ces procédés. Ou alors c'est juste que je suis supérieurement intelligent. ... Oui, bon, ne tiens pas compte de ce que je viens de dire.

- L'intrigue. Pas mal du tout. Le bizarre, ici, c'est qu'entre nous elle tient sur un demi-timbre poste, mais tu l'exploites bien et à ce qui me semble être un bon rythme. On a seulement l'impression parfois que le personnage central se laisse complètement déborder par ce qui est au final une vétille - car après tout de quoi est-il question ? d'une lettre dans un casier, un autre mot adressé à sa femme, et trois gouttes de sang sur deux documents. Avec ça notre bonhomme frôle la crise nerveuse. Je n'aurais pas souhaité à ton héros de se retrouver à poil en Poméranie en 1942, avec les nazis au cul !! (aparté navrant, mais bon : je suis polonais d'origine, ce doit être pour ça, on est chiants nous autres. Et puis j'ai bien traité le personnage de Marie de Bovary, alors traiter le tiens de lopette névrotique ne me pose pas de problème, tu penses bien).

- Le contexte. C'est là je crois que se situe, si je puis dire, l'ingrédient primordial qui m'éloigne du texte et fait que je ne me sens pas concerné. Le fait de placer l'intrigue dans le milieu professoral emporte un effet étrange : celui de se retrouver en présence d'une "private joke " vaguement collective, comme si - voilà - tu avais écrit un livre pour le montrer aux collègues et en discuter en salle de profs. C'est un peu impitoyable comme impression, je l'admets, mais j'aimerais bien le savoir : y a-t-il un peu de ça, ou non ? T'es-il arrivé, non pas de penser à tes collègues (ça c'est le cas, je suppose), mais de penser à tes collègues LISANT ton livre ? Il y a une fissure entre les deux attitudes et, ma foi, je crois que d'une certaine façon tu es tombé dedans.

Mais bon. Tout ça, je vais te dire, augure fort bien de ton deuxième opus. Je prends ça comme un tour de chauffe, et tu es conscient toi-même de ces imperfections. D'ailleurs mes critiques sentent le réchauffé par rapport à ce qu'a pu écrire Marie. Il serait effectivement intéressant que tu passes à de la Fantasy ou à un style de ce genre, car tu lâcherais tes propres amarres et ne serais plus tributaire d'un contexte réel et contraignant pour l'imagination. Les clins d'oeils pourraient s'y faire plus subtils et bénéficier d'un effet de "lissage " au lieu de titiller l'attention du critique. Les lourdeurs façon "collègues en salle des profs, en train de causer de l'IUFM " seraient d'emblée évitées. Tiens-moi au courant pour la Lance de Longinus et, si tu en est d'accord, tu peux me filer tes premiers chapitres. C'est comme tu le sens.

A plus et bravo en tout cas.

* comme dirait Jodorovsky.


Et je m'empresse de signaler que je ne bois ni ne fume. Voilà des travers d'écrivain qui m'empêcheront à tout jamais d'accéder à la notoriété. Sigh.
Merci donc à Koala qui a tapé juste, là où ça fait mal et y'a que du bien à se faire du mal, non ? Je suis juste un peu déçu de n'avoir pas eu droit à autant de facéties ironico-humoristiques que pour le commentaire de "Solo ma non troppo" de Marie/Nicole. Rendez-vous est pris pour la LDL. Avec tous ces consultants si prévenants je me vois mal pondre une sous-merde.
A part ça, petite remarque quant à l'intrigue qui te semble un peu... factice ? Pour certains profs il en faut bien moins pour faire un caca nerveux. Si si, je te jure... D'ailleurs selon des statistiques annuelles que j'ai eu le plaisir de découvrir au JT de TF1 il y a quelques semaines, le taux de suicide dans l'E.N. est encore supérieur à celui de France Telecom et de la Police Nationale.
Voilà voilà ! Encore merci !

# Posté le samedi 31 octobre 2009 11:09

SOIREE LITTERALEMENT EXCELLENTE, MAIS LITTERAIREMENT RATEE...

Conviés nous fûmes vendredi dernier, chez un collègue à l'orée de la retraite mais toujours fringant, grand fan de mes quelques écrits encore presque confidentiels. Le sagouin avait prévu le coup de longue date, et invité sans me prévenir une sorte de ponte local, palmes académiques sous le bras, grand voyageur devant l'Eternel, sorte d'intellectuel silencieux, inquiétant et ensommeillé, neurones visiblement hypertrophiés et interconnectés par des autoroutes synaptiques, le tout enveloppé dans une modestie apparemment non feinte.*
J'vous dis pas comme j'étais nerveux.
Alors vous imaginez lorsque j'apprends, à un détour volontaire de la conversation, que l'auguste sieur connaît, non, a même un ami qui bosse chez Flammarion. Je me suis senti comme qui dirait pris au piège, poussé en avant dans l'arêne. "Mais vasidonc, c'est la chance de ta vie mec !"
"Ah bon ? Et qu'est-ce qui vous a décidé à écrire ?" me lance-t-il apprenant que je scribouille.
Ah. Heuuu. Argh. Un brainstorming imprévu. Je bafouille, me débats avec moi-même. J'avais pas préparé les questions, mince. Mes fiches ! Où diable sont donc mes fiches ???
Au temps pour la création d'un début de réseau dans le milieu. Après une paella qui restera dans les annales, un dessert et un café mystiques, comment vouliez-vous que j'insère une autopromotion ? Flûte, l'instant est passé, il faudra retenter sa chance à un autre moment.
Je l'aurai un jour, je l'aurai.

* Il va de soi que tout ceci n'est que compliments, n'est-ce pas M. Lambert (des fois que vous passeriez par là).

# Posté le lundi 19 octobre 2009 11:53

LOST IN TRANSLATION

Vi, je suis un peu perdu dans mes traductions, en ce moment. J'espère que Jean-Bapt' ne m'en voudra pas, mais j'adore glisser du non-francophone dans mes écrits. Zum Glück, ça sert d'avoir des connaissances qui veulent bien m'aider à faire du thème en latin ou de la version en anglais. Que voulez-vous : le français est la plus belle langue du monde, je vous l'accorde volontiers, mais il n'empêche qu'un peu d'exotisme ne fait pas de mal : Shakespeare c'est très chantant, et un bouquin traitant a minima d'ésotérisme devait faire une part pas trop laide à nos racines latines. Non ?
Mais ce n'est pas de cela dont je voulais m'entretenir avec vous.
Voyez-vous, s'il y a bien une série que j'adore à la télévision (oui, j'ai aussi le temps de regarder la télévision, mais point trop n'en faut, il est aisé de trier parmi toute l'ivraie le bon grain cathodique, celui qui stimule en tout cas mon imagination. Or donc, disais-je, ma série incontournable, c'est LOST.
Et je vois le visage défait de quelques lecteurs (ou -trices) de ce blog qui risquent de me juger définitivement infréquentable.
Ce que j'apprécie tout particulièrement dans cette série, ce sont : a) Les personnages fouillés et cohérents, prisonniers de leur vie passée qui conditionne sans cesse leurs actes présents, b) l'intelligence des auteurs qui savent distiller l'information avec parcimonie tout en intégrant sans cesse des rebondissements sans perdre de vue le but final (Mais comment diable font-ils pour ne pas se perdre dans leurs propres méandres ? Comment ?) et c) Les références bibliques et, à l'issue de la saison 5, mythologiques. (Pour ceux qui l'ont vue, il apparaît désormais clair que l'Île est une sorte de Mont Olympe sur laquelle se battent et s'ébattent des dieux immortels avec des "bons" et des "méchants" (mais les dieux ne sont-ils pas au-dessus de ça ?) qui tirent sur les ficelles de quelques vies humaines. Sacré Jacob va.)
Plus la série avance, plus je me dis que j'aurais dû écrire la Lande de Longinus il y a une dizaine d'années, quand j'en ai eu l'idée. Car lorsqu'il sortira, on m'accusera sûrement de plagiat. À titre d'exemple, l'action se passe en parallèle en 1977 et en 2008 avec quelques intermèdes en 1348, 1945, 1982 ; les références bibliques sont également nombreuses, et j'emploie quelques "trucs" identiques à ceux des scénaristes pour maintenir le lecteur en apnée. Ach, si j'aurais su...
Pauvre de moi ! Shit.

# Posté le jeudi 08 octobre 2009 16:25

Modifié le samedi 10 octobre 2009 06:05

LE VIDE-GRENIER

Taguée par Valy, je me dois de répondre (je peux difficilement refuser les avances de la gent opposée).

Voici donc étalé le beurre salé sur la tartine de mon inculture livresque :

1. A quel livre dois-tu ton premier souvenir de lecture?

Le premier vrai souvenir, c'est un livre remporté avec brio en classe primaire suite à l'obtention de bons points à laquelle a succédé celle d'images qui elles, ne m'ont pas marqué. Le livre, c'était un Babar.
A onze ans, un deuxième choc a suivi, celui de la découverte des comics (album Spidey n°11, comment vous ne l'avez pas lu ? Vous avez raté quelque chose...)
Et puis, Stephen King, grâce à ma grand-mère qui était "piégée" par France Loisir : elle m'offrait les bouquins que je choisissais au lieu de la "Sélection" proposée périodiquement. Je crois que le premier, c'était "Dead Zone".

2. Quel est le chef-d'½uvre “officiel” qui te gonfle ?

Sans hésiter "Les bienveillantes". J'ai arrêté au bout de 80 pages. Tant de descriptions et de techniques pour la technique, l'absence de paragraphes, la pullulation de mots en allemand (et je suis germanophone pourtant, j'habite à 15 bornes de la frontière...), une intrigue des plus sibyllines, à un moment donné j'ai craqué.

3. Quel classique absolu n'as-tu jamais lu?

La vache, tout un tas. "Les misérables" de Chateaubriand, par exemple.

4. Quel est le livre, unanimement jugé mauvais, que tu as “honte” d'aimer ?

Aucun, a priori. Si je lis un "mauvais" livre, je m'en rends compte la plupart du temps (dit-il, le modeste) ou du moins j'approuve vite les critiques étayées avec intelligence.

5. Quel est le livre que tu as le sentiment d'être le seul à aimer ?

La Bible. Quand on voit ce qu'on en a "fait"...

6. Quel livre aimerais-tu faire découvrir au monde entier ?

Celui que j'écris en ce moment, "la Lance de Longinus". Achèvement prévu en 2010 ou 2011 (je suis d'une lenteur affligeante, je sais... Je l'ai commencé il y a quinze ans...)

7. Quel livre ferais-tu lire à ton pire ennemi pour le torturer ?

Ouais ben "Les bienveillantes" justement. Je ligoterais le gugusse sur une chaise façon "Orange mécanique" avec des ouvre-paupières permanents pour l'obliger à le finir. Hihihihihihihi.

8. Quel livre pourrais-tu lire et relire ?

Bizarrement, je n'aime pas relire des livres déjà lus. Même ceux que j'ai adorés. Il y en a tellement que je n'ai pas lus que relire certains me paraîtrait stérile ; de plus, l'élément de surprise, essentiel à mon sens, a disparu.
Je me contredis illico : la Bible, je la relis régulièrement. Mais pas dans l'ordre. C'est d'ailleurs le seul bouquin dont l'ordre "chronologique" ne m'intéresse pas. Je pioche dans les Livres qui me branchent à un moment m.

9. Quel livre faut-il lire pour y découvrir un aspect essentiel de ta personnalité ?

"Ca" de King. Ou alors 24h Collège, pour ceux qui arrivent à détecter les éléments autobiographiques cachés...

10. Quel livre t'a fait verser tes plus grosses larmes ?

Sans vouloir paraîre insensible, il m'arrive de pleurer au cinéma, mais jamais en lisant un bouquin.

11. Quel livre t'a procuré ta plus forte émotion érotique?

Heeuuuuuuu... Aucun, je crois bien. J'ai toujours eu l'impression que les moments érotiques étaient mal rendus par l'auteur. J'estime d'ailleurs que ça fait partie des trucs les plus difficiles à BIEN écrire.

12. Quel livre emporterais-tu sur une île déserte ?

Un Vargas bien truculent.

13. De quel livre attends-tu la parution avec la plus grande impatience ?

A part le mien, je ne sais pas...

14. Quel est selon toi le film adapté d'un livre le plus réussi ?

Je trouve la série des Maupassant sur le Deux rudement bien fichue.

# Posté le jeudi 01 octobre 2009 12:48

FOIN DE PALABRES...

... Je me remets ce soir à la LDL et j'abandonne provisoirement la gestion de ce blog qui absorbe une partie de mon temps et de mon énergie. Ah, si l'écriture m'était facile... j'en dégueulerais des kilomètres. Mais ce n'est pas le cas malheureusement...
Je vous tiens au jus (Marie, Koala, Gondolfo, Acuol...), dès que la deuxième partie du roman sera achevée (dans 80 à 100 pages environ, difficile pour moi de convertir en unité de temps !).

A bientôt !

Wesley Greeves

# Posté le lundi 14 septembre 2009 11:04

TOI, PLUS MOI, PLUS EUX, PLUS TOUS CEUX QUI LE VEULENT...

Y s'passe un truc sympa, en ce moment, sur certains blogs qui se reconnaîtront... Loin des sempiternelles ruminations d'auteurs désenchantés par la dure réalité du chas de l'aiguille au travers duquel aucun éditeur ne nous laissera passer, nous sommes revenus à la seule, l'unique, la vraie problématique : écrire... et améliorer son écriture. Ainsi, voilà que les manuscrits commencent à passer de main en main, fussent-elles virtuelles, et on s'envoie d'avisés conseils pour progresser. Je trouve ça franchement sympa. On est loin de la méfiance supposée entre auteurs (je conjecture qu'elle apparaît dès lors que l'un d'entre eux est effectivement édité !) : grâce à cette démarche, on se construit, dans cette même galère qui nous unit. Cela comble déjà un peu le manque de lectorat objectif, permet de voir à quel point un texte peut être perçu différemment selon les gens et, aussi et surtout, de trouver les vraies failles dans son manuscrit. Parfois une petite blessure dans son orgueil (Comment ?!? N'as-tu point vu la perfection poindre dans mes écrits ? Pauvre fat...), mais une blessure vite cicatrisée, et on repart vers de nouvelles aventures... Cool.
Pardonnez-moi de plagier dans le titre les paroles d'une chanson désormais célèbre d'un certain Grégoire, (bientôt surnommé Greg le Millionnaire). Non que je veuille me moquer du vocabulaire congru contenu dans ladite chanson, ce n'est pas du tout le genre de la maison. D'ailleurs j'enjoins mes collègues de Lettres Modernes à se ruer sur cette ritournelle pour enseigner à leurs élèves la liste des pronoms personnels et autres joyeusetés qui passent ainsi beaucoup mieux auprès de nos chères têtes blondes, pourvu qu'elles aient l'ivresse de la mélodie dans les oreilles. (Par contre, pas de ça en maths, hein, pour l'addition en 6ème. Vous allez me les flinguer les p'tiots... On n'additionne pas les torchons et les serviettes, merci. Non mais.)
Je trouve que cette phrase "mutualiste" résume bien mon propos... Je lance d'ailleurs un appel : si 347 internautes voulaient bien parier quelques deniers sur ma pomme pour m'éditer, je prends...

# Posté le lundi 17 août 2009 16:47

Modifié le dimanche 06 septembre 2009 12:06